Rien d’original. Comme pour des milliards de parents depuis des milliers de décennies, l’évènement le plus marquant de ma vie reste la naissance de mon fils. Un petit être âgé de quelques heures, parfaitement inintelligible, bruyant et extrêmement fatiguant s’est mis à compter sur moi pour sa survie. Très vite une question s’impose : comment aider ce bébé à trouver le sommeil ? Il pourrait être aisé de se dire qu’à l’ère d’internet, une bonne recherche sur Google peut vous être utile. Ou tout simplement, qu’il suffit de s’appuyer sur les conseils de sa maman, ou de la voisine qui en a déjà trois.

 

Oui c’est vrai, je le concède, pour s’occuper de ce bambin, les options sont infinies, les conseils pléthoriques et la littérature abondante. Pourtant, devant cette immensité de préceptes contradictoires sur l’enfant, je me suis sentie souvent bien sotte et pleine de doutes.

 

Mon fils a maintenant 2 ans et j’y vois un peu plus clair. Je me suis même forgée des convictions assez solides. Tarisayi, que je remercie, m’a proposé de partager mon expérience, pour peut-être permettre à d’autres parents, de vivre cette période plus sereinement.

 

Sommeil de bébé : vous êtes uniques et nous aussi

 

Des enfants tous différents

La situation que mon mari et moi avons vécue est sans doute assez commune, mais n’est, en rien, un passage obligé. Il y a autant de situations qu’il y a d’enfants. Certains dorment, d’autres régurgitent, les uns ont des problèmes de peaux, les autres d’estomac, pour certains il vous faudra muscler vos petits bras et votre patience, d’autres préférerons un transat bien douillet, parfois ils aimeront le bruit de l’aspirateur, parfois celui des oiseaux… Le nôtre pleurait beaucoup, beaucoup, beaucoup et ce dès les premières heures. Je me souviens, à la maternité, avoir passé une nuit entière à essayer de le consoler sans y parvenir du tout. Dès ses premiers jours, les temps de sieste étaient courts et les nuits très agitées. À 4 mois, nous vivions une situation intenable. Notre bébé se réveillait 8 à 10 fois par nuit, dormait rarement plus d’1 heure d’affilée, la journée comme la nuit, et ne parvenait à s’endormir que bercé, au sein ou en poussette. J’étais à bout, très stressée par la situation, totalement épuisée, désespérée de trouver une solution car je ne voulais surtout pas laisser pleurer mon enfant, j’étais farouchement contre. Je pense être quelqu’un de plutôt positif et énergique. J’étais arrivée face à une impasse totale.

 

Des parents tous différents aussi

Pourquoi une telle différence entre nos enfants ? D’abord car chaque être est unique, cela va de soi. Mais je crois aussi que la façon dont la maman vit sa grossesse peut avoir une influence considérable sur le comportement du nourrisson. Les scientifiques sont unanimes, notre corps est animé par une chimie complexe qui varie selon les émotions ressenties : stress, joie, détente, tristesse… toutes ces émotions provoquent des réactions chimiques au sein de notre corps. Il est évident que le petit foetus absorbe quantité de ces neurotransmetteurs. De la même manière, un accouchement difficile peut provoquer une situation de stress intense pour la mère comme pour l’enfant, et accroître ainsi considérablement la production d’hormones du stress dans le corps du nourrisson comme dans celui de la maman, ne favorisant pas la sérénité de l’un et l’autre. Le mien fut très compliqué, Jules est resté coincé longtemps dans mon bassin, en ralentissement cardiaque. Plus de 5 professionnels m’entouraient pour m’aider à accoucher. Enfin, je suis convaincue qu’une atmosphère familiale délétère est propice aux problèmes de sommeil. La situation que nous avons vécue avec mon mari nous a mis en grande difficulté. Alors que nous sommes d’un naturel joyeux, l’ambiance familiale était devenue très tendue. Moins notre bébé dormait, plus nous étions tendus, moins notre bébé dormait. Un cercle vicieux qui peut devenir infernal.

 

Mauvais conseils

 

Je ne peux pas dire que personne n’était à l’écoute de nos soucis, bien au contraire, les conseils ont abondé de toute part : professionnels de la petite enfance, médecins, parents, beaux-parents, cousins, voisins, maman du parc, etc.. Et si je prends un peu de hauteur statistique sur les recommandations qui nous ont alors été faites, plus de 90% de ces personnes nous indiquaient la même chose : laissez-le pleurer. Les 10% restant affirmant farouchement le contraire : ne le laissez SURTOUT pas pleurer. Et sans doute que parmi ces conseils figuraient de bons conseils, mais cette cacophonie de conseils était devenue inaudible pour nous.

 

Que penser de ces positions diamétralement opposées ?

 

Avant de vous donner mon point de vue, je vais vous raconter ce que nous avons finalement fait.
Nous l’avons laissé pleurer. Nous étions exsangues et il devenait impérieux de trouver une solution pour notre santé physique et mentale. Nous ne l’avons pas laissé pleurer comme le préconise la plupart des gens pendant de longues minutes. Nous sommes au contraire restés à ses côtés, nous retournions le voir toutes les minutes quasiment. Et c’est vrai, son sommeil s’est nettement amélioré. Je ne peux pas dire que je regrette ce choix car le regret est un sentiment aussi toxique qu’inutile. En revanche, avec presque 2 ans de recul, je pense que j’aurais fait différemment et que cette solution n’était pas la bonne. Si c’était à refaire, je ne le referais pas.


Clairement, je fais désormais partie de ces 10% qui sont farouchement opposés à cette solution.

 

Pourquoi ?

 

C’est contre-nature

Déjà, pour l’avoir expérimenté et ressenti au plus profond de mes entrailles, je sais qu’entendre son petit de 4 mois hurler à la mort est parfaitement contre-nature. Je pense que n’importe quelle mère qui est passée par là pourra en témoigner : la souffrance est réelle pour le parent. Et l’instinct pousse plutôt à serrer le petit être contre soi. Sur bien des aspects, l’observation des animaux nous renseigne sur notre propre fonctionnement, biaisé par notre culture. Et bien, qu’il s’agisse de poules, de singes ou d’ours polaires : la maman n’abandonne pas son jeune bébé pour qu’il dorme. Ce dernier dort confortablement blotti à ses côtés. CQFD. D’ailleurs cette pratique est purement culturelle, dans de nombreuses régions du monde elle n’existe tout simplement pas du tout. Et réfléchissons un instant : ce petit être a désespérément besoin de nous, besoin de sécurité autant que de nourriture ou d’eau. Regardons la situation avec un peu de recul : n’est-ce pas terrible de laisser ainsi un être sans aucune ressource, qui vient de vivre 9 mois de fusion totale avec sa mère, seul, dans un espace immense ?

 

C’est mauvais et c’est scientifiquement prouvé.

De nombreuses recherches scientifiques sont formelles : le nourrisson produit du cortisol à foison pendant ces séances d’entraînement aux pleurs, l’hormone du stress aux effets très néfastes sur le jeune cerveau en développement. C’est la résignation qui pousse l’enfant à cesser de pleurer, et non l’apprentissage. Pour tout comprendre sur ce point, je vous invite à lire le livre absolument génial de Catherine Guegen Pour une enfance heureuse.

 

Cela a sans doute des conséquences

Je ne connais aucune étude sur ce point (je ne suis pas chercheuse en fait) mais j’observe autour de moi un nombre impressionnant d’enfants qui continuent tardivement à avoir des problèmes de sommeil (terreurs nocturnes, énérusie, etc.) et d’adultes qui traînent cela encore toute leur vie sans jamais trouver remède. Je n’ai pas de réponse vérifiée mais je me demande sérieusement dans quelle mesure ces méthodes si répandues dans notre culture ne participent pas à cette insomnie collective. Attention, je n’affirme pas que toutes les personnes qui ont des problèmes de sommeil sont d’anciens bébés laissés à leurs pleurs, je me demande simplement si cela ne serait pas un facteur aggravant voire déclencheur.

 

Mais revenons à la réalité quotidienne et parfois difficile des jeunes parents : que pouvez-vous faire ?

 

Les conseils que j’aurais voulu recevoir

 

Grossesse sereine

Comme je l’ai expliqué plus haut, votre bébé est connecté à la chimie de votre corps. Beaucoup de stress provoque chez vous une sécrétion d’hormones qu’il absorbera aussi. Il ne s’agit pas de vivre reclus pour s’éviter tous les stress du quotidien, mais plutôt de prendre du recul. De prendre soin de vous, vous payer un massage avec toutes les économies d’alcool que permette la grossesse (:)), d’aller vous balader dans un endroit joli, de lire un livre qui vous fait du bien, de favoriser les films qui vous font rire et de vous délecter de vos plats préférés. Bref, si il y a bien un moment dans votre vie pour kiffer, c’est celui-ci, vous serez deux à en profiter !

Pour ma part, la méditation m’aide beaucoup à retrouver le calme et à poser ma vie. Cette pratique est en plein boom car ses bienfaits sont devenus évidents et de plus en plus de médecins préconisent à leurs patients de s’y mettre sérieusement (pour la gestion de la douleur, du stress, de la dépression). Le web regorge d’articles très sérieux sur le sujet (Voir par exemple, celui du très sérieux Havard Business Review La Méditation peut littéralement transformer votre cerveau). Peut-être est-ce aussi le moment pour vous de vous y mettre ?

 

Accouchement tranquille

Moins facile à assurer que le précédent point, je crois aussi que nos enfants conservent les séquelles de leur arrivée au monde. Je ne peux que conseiller de favoriser un endroit qui vous assure confort et sérénité même si cela ne garantit pas un accouchement tranquille (seule dame nature sait comment cela se passera…). Si un tel endroit vous semble cher, consultez votre mutuelle, il est fort probable que cela ne soit pas si cher. J’ai accouché aux Bluets, et malgré toute la difficulté de mon accouchement, je dois dire que j’étais très rassurée d’être entourée de personnes si bienveillantes et si attachées au bien-être de mon bébé.

 

Portez et emmaillotez votre bébé

J’ai mis 6 semaines avant de commencer à porter mon bébé, quel dommage car ce fut un vrai soulagement. Même si la situation n’était pas idéale, je me souviens qu’au moment du portage, nous sommes passés par une vraie période d’accalmie. Jules pleurait beaucoup moins, j’avais les mains libres, il dormait longtemps blotti contre moi. L’emmaillotage est une autre technique qui a bien fonctionné pour quelques unes des mamans bienveillantes avec lesquelles j’ai discuté.

 

Ne surprotégez pas

Clairement je vous conseille de materner votre nourrisson, c’est de toute évidence ce dont il a besoin pour bien grandir. Mais avec un peu de recul, je crois que j’étais bien au-delà du maternage et pas loin de la surprotection. Bien sûr, ses problèmes de sommeil ne s’expliquent pas que par cela, mais mon enfant entrebâillait à peine la bouche que je me préparais à l’allaiter, il faisait le moindre bruit dans son sommeil que je me précipitais à son chevet : je crois que je ne l’ai pas aidé à se tranquilliser et à trouver le sommeil seul. Pour tout vous dire, j’avais été très marquée par une discussion avec le pédiatre de la maternité, qui nous avait dit assez fermement : “Avant 6 mois, il n’est pas question d’éducation, réagissez à toutes les demandes de votre bébé”. L’autorité professionnelle et l’aplomb de ce monsieur ont eu une résonance particulière chez moi. Il avait naturellement raison mais un peu de mesure dans son propos aurait peut-être été salvateur. J’aurais aimé avoir quelqu’un qui me dise tout simplement : “Tu es une super maman, ne t’inquiète pas. Tu as raison, ne le laisse pas pleurer, mais peut-être qu’il fait tout simplement un petit bruit dans son sommeil, attend 1 minute, 2 minutes, tu entendras si ce petit râlement se transforme en pleurs”. Ça peut paraître évident, voire stupide à certains parents, et bien moi, je n’avais pas du tout conscience de cette possible modération. Et parmi toutes jeunes les mamans, je me dis que d’autres aussi doivent aussi manquer de cette perspective.

 

Aidez-le à s’endormir par lui-même, avec vous

L’une des clés pour apaiser les problèmes de sommeil, est de parvenir à ce que bébé s’endorme sans bercement ou lait. Pas nécessairement sans vous, je crois même que votre présence est rassurante pendant plusieurs mois. Mais j’ai compris une chose très tardivement : un bébé qui parvient à s’endormir de lui-même, sans téter et sans être bercé, saura se rendormir facilement lors des micro-réveils nocturnes. Savoir s’endormir par soi-même est une véritable compétence. A contrario, le bébé qui s’endort en tétant ou en étant bercé voudra retrouver la même situation à tous ses micro réveils, et ils peuvent être très nombreux dans une nuit. Je vous conseille ce livre qui dont certains conseils sont très bien (par exemple de retirer le sein juste avant que bébé s’endorme), d’autres inapplicables à mon sens (par exemple de tenir un journal de tous les réveils nocturnes, c’est à devenir fou). Il mérite tout de même d’être lu.

 

Quand la situation devient intenable : lâchez prise et faites-vous aider

Voilà ce que je n’ai pas su faire et qui m’aurait sans doute été très utile : lâcher prise. Rien de pire pour un bébé qu’une maman qui perd complètement pied, il perd pied avec elle car la fusion des premiers moments est très forte. Faites votre possible pour retrouver solidité et ramener dans votre foyer de la joie et des instants de douceur. Même si cela vous paraît hors de propos : sortez ! Promenez votre bébé dans des lieux qui vous apaisent. Écoutez des musiques qui adoucissent l’ambiance. Faites-vous du bien car c’est la meilleure manière de faire du bien à vos proches (et ça reste vrai toute la vie). Faites garder votre petit pendant que vous soufflez un peu en amoureux. Trouvez des professionnels qui partagent votre vision bienveillante du sommeil, il en existe. Des naturopathes par exemple peuvent vous apporter un soulagement naturel (mais sérieux !).

 

Ne culpabilisez pas

Et si vous le laissez pleurer (mais pas trop quand même), parce que vous êtes à bout et qu’il vous faut retrouver vos esprits, ne vous en voulez pas. Si vous avez lu cet article jusqu’ici (chapeau), c’est que vous êtes un parent attentif et c’est déjà beaucoup pour votre petit bout.

Et si votre petit est plus grand, et que vous l’avez laissé beaucoup pleurer car vous ne trouviez pas d’alternatives, ne culpabilisez pas non plus. Je vous comprends et je sais à quel point la pression sociale est forte. Absolument tout le monde est sur votre dos pour que vous laissiez ce petit pleurer… Rassurez-vous, il est toujours temps, et il sera toujours temps de lui apporter autrement l’assurance dont il a peut-être manqué. Le cerveau de l’être humain évolue et se transforme sa vie durant. Votre accompagnement maintenant est tout aussi crucial pour son bon développement (je vous invite à vous renseigner sur l’éducation bienveillante si ce n’est pas encore fait).

 

Et maintenant, comment va Jules ?

 

Et bien vous dire que c’est fini serait tout simplement mentir. Jules reste un enfant au sommeil très fragile et nous sommes passés par de nombreux cycles, parfois sereins pendant plusieurs semaines (avec des nuits de 12 heures d’affiliée, le bonheur) et des cycles de fortes perturbations. Ces moments coïncident toujours, avec des moments de stress chez moi (la vie de cadre à Paris n’est pas toujours tranquille…), avec des moments d’acquisition de savoirs pour lui : le pot, des nouveaux mots, de nouvelles facultés ou avec des périodes de maladies pour lui (encombrement du nez, etc.).

 

Et bien nous avons fait le choix désormais, d’être à l’écoute, de trouver des solutions, de ne pas l’acculer en préférant considérer qu’il ne fait pas ça pour nous ennuyer, mais parce qu’il ne parvient pas à trouver les ressources en lui pour se tranquilliser. Parfois mon mari et moi réussissons à passer le cap, parfois nous perdons patience… Nous essayons aussi de rester bienveillants avec nos propres faiblesses.

 

L’épisode le plus récent date de quelques jours. Alors que nous venions passer près de 4 mois de sommeil parfaitement réglé et facile, soudainement, Jules s’est mis à se réveiller toutes les nuits. Finalement, après avoir essayé plusieurs configurations, nous avons fait le choix de lui installer un petit matelas près de notre lit et cette solution l’a rassurée immédiatement et lui a permis de passer de bonnes nuits à nouveau.

 

Pour finir, je voudrais rassurer tous les parents qui s’inquiètent de faire grandir des enfants mal élevés en étant bienveillants et à l’écoute. Je ne sais pas ce que sera Jules dans 5 ans, dans 10 ans ou dans 20 ans mais je peux parfaitement vous dire quel enfant de 2 ans il est. C’est un enfant tout simplement adorable, d’une grande tendresse, qui est fan de câlins, qui a un rire communicatif. Plusieurs fois, des personnes sont venues me féliciter de son comportement dans le train, dans des magasins ou dans l’avion (8 heures d’avion à 18 mois s’il vous plaît). Bien sûr qu’il fait des colères et peine parfois à gérer sa frustration. Évidemment qu’au bout d’un certain temps dans un magasin, il fait entendre son impatience. Et oui, parfois, ils ne maîtrisent pas certains gestes impulsifs. Il a 2 ans. Mais globalement, c’est un bonheur d’être son papa et sa maman.

Courage, et profitez de chaque instant de ce pur bonheur que vous offre vos enfants. Si certains parents veulent discuter de leur situation avec moi, je serais ravie de pouvoir les aider à franchir un mauvais cap ou tout simplement échanger !

 

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